Qu'est-ce qu'un chaman : Introduction au chamanisme
Introduction au chamanisme
Qu'est-ce qu'un chaman? Le chamanisme est un phénomène complexe. Il présente un ensemble de modes d'action articulés dont la compréhension est difficile. Son origine est détectable dans les groupes humains bien avant le développement de l'écriture et des villes.Les pratiques chamaniques sont plus qu'une contribution préhistorique à la guérison des maladies. Elles offrent une vision du monde que l'on pourrait décrire comme « non ordinaire ». D'un point de vue philosophique, il permet une compréhension formelle de ce que l'on appelle la pensée analogique. Ce mode de pensée est aussi central pour le chamanisme que la pensée logique pour le monde scientifique.
L'être humain peut probablement être compris sous une perspective plus large qui dévoile ses premières réponses à la douleur, à la maladie et à la mort. Cette connaissance peut contribuer au bien-être et à la santé, dans la mesure où elle offre une compréhension pratique et naturelle de la connexion de la personne avec tout ce qui la constitue, y compris son environnement, son écosystème de référence. Le chaman est un survivant, il a traversé d'une manière ou d'une autre la douleur, la maladie et la mort.
L'un des aspects admirables du phénomène chamanique est sa présence répandue parmi tous les groupes dont nos ancêtres faisaient partie. Leurs pratiques, bien qu'encore développées de nos jours, travaillent avec des éléments, des références de base ainsi que des symboles et des émotions archaïques déjà présents depuis l'origine de l'humanité. L'étude de la distribution géographique des pratiques chamaniques révèle la présence d'activités similaires sur les cinq continents.
La carte du monde dans laquelle opère ou travaille le chaman peut être comprise à partir de ce que l'on appelle en psychologie les « états modifiés de conscience ». Ces états, généralement atteints via une période de transition, sont parfois identifiés comme le transe ou le voyage. Un état modifié de conscience est évidemment une période de transition entre deux états normaux de conscience. Ces états modifiés se développent ordinairement en trois périodes :
1) transition vers l'état.
2) état modifié lui-même.
3) transition vers l'état normal.
D'autres participants entrent non seulement en jeu avec le guérisseur mais aussi avec la personne aidée et souvent.
Pour modifier l'état de conscience, très différentes stratégies existent, dont la plupart n'incluent pas l'usage de substances psychoactives. À mesure que l'expérience s'acquiert, il devient plus facile d'y accéder. Il en va de même pour la pratique des techniques de relaxation.
Au cours de la journée même, des changements naturels de conscience se produisent. Pendant le sommeil, des modifications aux caractéristiques différentes surviennent dans le niveau de conscience et son contenu. Une hypothèse pour les expliquer est qu'il serait possible de passer de la conscience ordinaire au monde des rêves sans passer par la phase de relaxation au début des stades du sommeil.
Cette activité inclut ce qui serait typique d'un psychiatre ou psychothérapeute préhistorique. Surtout si l'on considère que « la psychothérapie est une voie pour l'expansion de la conscience. C'est une activité dans le développement de notre vie, avec laquelle nous nous aidons nous-mêmes et les autres, pour nous éveiller de la stupeur de l'inconscience et de l'ignorance afin de savoir qui nous sommes vraiment » (Shainberg 1993). Il existe de nombreuses définitions : - « Entre les groupes sibériens et d'autres dans le monde avec des croyances similaires, c'est la personne à qui sont attribués des pouvoirs pour guérir les malades et communiquer avec le monde supérieur » (The New Encyclopedia Britannica, 1989) - « Guérisseur indigène qui altère délibérément sa conscience afin d'acquérir des connaissances et un pouvoir provenant du monde des esprits, pour aider et guérir les membres de sa tribu » (Krippner; 1988)
-Parmi les Ojibways du Canada, « c'est la personne, homme ou femme, qui expérimente, absorbe et communique une forme particulière de soutien, un pouvoir de guérison » (Grim; 1983)
- « Celui qui connaît les techniques archaïques de l'extase » (Eliade)
- « Une personne à qui l'on attribue des pouvoirs spéciaux pour communiquer avec les esprits et les influencer en séparant son âme de son corps. Les esprits l'aident à accomplir ses tâches qui incluent découvrir la cause de la maladie, de la famine et de tout malheur, et prescrire un remède adapté. Présent parmi les peuples sibériens et autres peuples asiatiques ; son activité existe aussi parmi de nombreuses autres religions et sous d'autres noms » (The Cambridge Encyclopedia, 1990).
- « Une personne prête à affronter les plus grandes peurs et ombres de la vie ». Et suivant les résultats : « un guérisseur ayant expérimenté le monde des ténèbres et ayant affronté sans peur son propre côté sombre ainsi que le mal d'autrui, et qui peut travailler avec succès avec les forces des ténèbres et de la lumière » (Sams; 1990)
- « Un guide, un guérisseur, une source de connexion sociale, un conservateur des mythes du groupe et de sa conception du monde » (Walsh; 1990). On l'emploie aussi pour désigner une personne « hyperactive, excitée ou en mouvement », ou une personne « capable de se chauffer elle-même et de pratiquer des austérités » (Walsh; 1990)
- « Le technicien archétypal sacré. Sa profession se déroule dans un espace qui réunit imagination mythique et conscience ordinaire » (Larsen).
- « Personne de sexe masculin ou féminin qui a un contact spécial avec les esprits (compris comme des forces pas facilement démontrables) et capable d'utiliser cette capacité pour agir sur ceux qui sont affectés par ces mêmes esprits » (Harner).
- « Grand Mage et prêtre de certains peuples primitifs, surtout d'Asie du Nord. Parmi les plus célèbres, les chamans de Sibérie » (dictionnaire de l'O.C.) ; The modern Handbook (1985).
-Le chamanisme : « Vie éternelle en harmonie avec l'art de la création » (Matthews dans « The Celtic Shaman », 1991). Trois éléments clés définissent les chamans qui :
-Ils peuvent volontairement entrer dans des états modifiés de conscience.
-Dans ces états ils s'expérimentent eux-mêmes « voyageant ».
- Et utilisent ces voyages comme méthode pour acquérir connaissance ou pouvoir et aider les membres de leur communauté » (Walsh, 1990).
Pour trouver des groupes où des individus pratiquent actuellement le chamanisme, il faut se tourner vers les marges de ce que nous appelons le monde civilisé. En raison de leur lien avec des groupes qui montrent une relation étroite avec la nature, toute menace à celle-ci appauvrit notre compréhension possible de ses manifestations spécifiques.
Les zones de la planète où se sont succédé un plus grand nombre de civilisations, construisant une structure sociale centrée autour de grands centres urbains, sont celles qui conservent le moins de traces des activités chamaniques. Celles-ci sont encore présentes chez les « inuit » (nom que se donnent les Eskimos du Nord) ou les habitants de la « Terre de Feu » (premiers habitants des parties sud de l'Amérique), ainsi que chez les habitants des jungles africaines, asiatiques et américaines ou dans des lieux inaccessibles comme les déserts et montagnes.
Frontières du chamanisme : Qui sont les chamans par rapport aux autres « aides » comme prêtres, médecins, guérisseurs, magiciens, sorciers et enchanteurs ?
La relation d'aide est un phénomène d'un grand intérêt, car elle révèle des caractéristiques fondamentales de la vision du monde qui aide à la fois celui qui aide et celui qui est aidé.Ainsi, selon les caractéristiques de celui qui est aidé, de celui qui aide et du sujet du problème (qu'il s'agisse d'un problème ou d'une maladie), une partie de la « carte du monde » est mise en évidence. La zone de travail est définie par les zones où elles se chevauchent partiellement.
Il est admis scientifiquement en psychothérapie que l'un des bons facteurs pronostiques en termes de traitement est que leur monde de référence de base, leurs valeurs soient partagées. (Dans les traitements chirurgicaux, ce n'est pas aussi pertinent, mais les choix du patient quant à l'hôpital pour l'intervention répondent aussi à des critères que le patient ou sa famille jugent appropriés selon les valeurs attribuées au chirurgien et à son environnement).
La relation d'aide, pour être comprise, sera d'autant plus opérationnelle que les croyances, tant en théorie qu'en pratique, seront partagées.
A) prêtre et chaman. Le chaman se trouve dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs pré-agricoles, ses connaissances sont surtout basées sur son expérience individuelle directe. La tradition et le rituel sont plus importants dans le rôle du prêtre. Ce dernier opère au sein de groupes agricoles sédentaires.
Dans les activités chamaniques, l'état modifié de conscience est un moyen essentiel au développement de son activité. Le prêtre n'a pas besoin d'altérer son état de conscience pour agir.
Le prêtre est intégré dans des groupes sociaux plus complexes. Il fait partie d'une structure religieuse plus hiérarchisée, plus centralisée. L'environnement urbain facilite et nécessite des formes de communication plus indirectes entre citoyens, en raison de leur croissance. La répartition de la population et son organisation suivent souvent des formes pyramidales. Au contraire, les groupes nomades au sein desquels fleurit le chamanisme sont moins hiérarchiques et les relations interpersonnelles plus directes, plus « horizontales ». Le contexte chamanique est moins autoritaire en termes de comportement individuel ; à ce niveau, il y a moins de régulations formelles de la morale particulière.
Sans que cela doive être pris de manière rigide, mais plutôt comme des préférences ou caractéristiques plus fréquentes, voici quelques critères de base pouvant servir de guide.
On peut considérer l'existence de figures assurant les deux fonctions. Par exemple, le « marakame » (chaman huichol) est à la fois l'un et l'autre, la fonction chamanique ou sacerdotale prédominant selon les circonstances (Harner).
Chaman et médium
Les deux revendiquent une relation avec les « esprits ». Tous deux passent par un changement de conscience, une modification que l'un et l'autre peuvent rechercher volontairement. Dans le cas du chaman, le contrôle de la relation avec les esprits est généralement plus puissant; tandis que le médium agit de manière moins combative et adaptée à ce qui se développe à ces moments. Le chaman peut discuter avec les esprits et semble avoir plus de pouvoir que le médium. Il est « les esprits » eux-mêmes.Pour Krippner (1980), parmi les guérisseurs, il est possible d'établir une typologie en cinq groupes distincts :
-Chamans
-Spiritistes
-Guérisseurs ésotériques
-Guérisseurs religieux ou rituels
-Guérisseurs intuitifs
Les activités chamaniques pourraient être partiellement décrites comme une forme particulière de médiumnité. On peut aussi dire que le médium est présent dans le monde urbain et son transe est passif, alors que le chaman utilise la nature, le monde rural, comme référence et son transe ou conscience chamanique est habituellement un phénomène actif avec un contrôle maintenu.
Harner considère comme essentiel au chamanisme l'état de transe, décrit comme un « voyage » (état de conscience chamanique). Une fois terminé, le chaman est capable de s'en souvenir. Le médium ne se souvient pas nécessairement de ce qu'il a fait ou vécu pendant le transe.
Selon ces critères, en étudiant le travail d'E. Cayce, on pourrait le considérer non seulement comme médium mais aussi, parfois, comme chaman.
Dans ses états de transe, Cayce utilisait une technique appelée « channeling ». Il s'agit de rechercher un état de transe sans possession. Cayce entendait cela comme un pouvoir, une influence que l'on pouvait réveiller en soi. Il insistait pour obtenir une transe sans possession :
« Ne laissez pas cela être dirigé par une identité qui se proclame votre guide. Pourquoi ? Parce qu’invoquer l'infini est bien plus grand, bien plus satisfaisant, plus fidèle à l'expérience de l'âme que d'être dirigé ou guidé par une entité extérieure au soi, qui – comme moi – est un état de transition ou de développement » (Reed et Cayce, 1993).
L'état de transe sans possession est par exemple pratiqué chez les Gnawas (voir partie III). Ce mouvement est obtenu au moyen de ce qu'ils décrivent comme la transe kinétique. La transe kinétique est une technique aux racines ancestrales, qui influence pratiquement tous les niveaux de la personne, lui offrant par sa pratique de nouvelles formes et perspectives sur l'expérience de soi. Par la désinhibition, il est possible d'atteindre des états de fusion avec l'environnement qui se révèle comme un reflet de soi.
L'état de transe avec possession est présent dans toutes les cultures, en Afrique, en Amérique, en Europe, en Asie et en Australie. Pendant cet état, la personne n'est plus correctement elle-même. Aliénée, elle devient quelqu'un d'autre. Dans ces états, la capacité de l'individu à se contrôler diminue. En même temps, sa capacité à être consciente de l'extérieur est également diminuée. À titre d'exemple, les états de transe dans le vaudou des Caraïbes (voir partie III).
C) guérisseur et chaman. Le « curandero » est présenté comme une personne capable de soigner des maladies particulièrement redoutées par la population et pour lesquelles la médecine dispose encore de méthodes thérapeutiques peu efficaces (Encyclopédie
silienne des cultures, 1977).
L’activité de guérisseur peut être très variée et inhabituelle. Sa relation avec les clients n’est pas aussi directe que celle généralement observée chez le chaman. Elle se produit plus souvent en zone rurale qu’en milieu urbain.
Le chaman pourrait être considéré comme un type de guérisseur, mais tous les guérisseurs ne sont pas chamans.
Le magicien et le chaman
Ils produisent tous deux un sentiment d'extraordinaire, rompent avec les routines de la vie, parlent du temps et de l'espace : ce sont des pouvoirs qu'ils partagent.Le monde de la magie a parfois été caractérisé par une intensification d'activité ou des connaissances spécifiques obtenues par des moyens extraordinaires. Cela peut être classé comme objectif, lorsque leurs résultats finaux peuvent d’une manière ou d’une autre être quantifiés. Ou subjectif lorsque les résultats sont imaginaires ou non vérifiables (Ouspensky, 1944). Selon Nevill Drury, les chamans sont des guérisseurs physiques et spirituels dans les cultures aborigènes du monde entier. Les enchanteurs représentent leur image dans le miroir des traditions culturelles mondiales d’aujourd’hui. On souligne les parallèles existants entre chamanisme et occultisme.
Le magicien d’aujourd’hui que nous connaissons par les médias (télévision, cinéma, cirque, etc.) peut susciter la même fascination que le chaman, et l’on peut probablement retracer ses origines. Cependant, il lui manque la projection de guérison essentielle au chamanisme.
E) le mystique et le chaman. Les mystiques peuvent être considérés comme un « groupe informel » mais les psychologues en font un point d’étude. Ils expérimentent et observent de manière répétée sur eux-mêmes les changements mentaux qui en résultent. Ils utilisent le chant, la musique, la méditation et d’autres systèmes pour atteindre des régions particulières de leur esprit. Et, ce qui est le plus remarquable, il semble exister une référence mondiale dans laquelle les points communs de ces traditions dépassent largement leurs différences. « Là, en revanche, elles sont plus superficielles que profondes ou fondamentales » (Clark, 1983). Le chamanisme est compris par de nombreux chercheurs, principalement des anthropologues, comme un phénomène religieux archaïque dont la figure centrale est le maître dans l’art de l’extase (Edwards 1994).
L’extase est définie comme un état psychologique caractérisé par un sentiment absorbant d’admiration, de joie extatique et parfois d’aliénation.
D’un point de vue théologique, elle fait référence à un état d’union avec Dieu ou le divin par la contemplation et l’amour vécu intimement hors de la suspension plus ou moins de l’activité sensorielle en rapport avec le monde extérieur.
Cette déconnexion peut être atteinte de différentes manières. Par exemple, dans la méditation appelée nectar du bouddhisme tibétain, l’attention du méditant est portée sur une partie très spécifique du corps, la pointe de la langue. Plus l’attention se concentre dessus, plus le pratiquant ressent un état profond de douceur. Intuitivement, les chamans 'bon' du Tibet ont découvert cette méthode de focalisation de l’attention et d’altération du niveau de conscience. Aujourd’hui, nous savons grâce à des données objectives fournies par le microscope que précisément dans la partie antérieure de ce corps se concentrent des terminaisons sensorielles percevant le sucré, alors que le salé, le piquant ou l’amer sont distribués préférentiellement sur d’autres parties de la langue.
L’expérience de l’extase ne s’accompagne ni d’une perte ni d’un gain de contrôle. D’autres états décrits par les mystiques comme la connaissance intuitive impliquent un contrôle accru. Pour Edwards (1994), l’extase se manifeste à plusieurs niveaux chez la personne : 1) fondée sur une expérience physiologique, physique.
(2) elle correspond à un état émotionnel. (3) elle fournit un type spécial de perception parfois décrite comme intuitive.
(4) c’est un état non ordinaire de conscience qui confère une dimension particulière aux précédents.
L’extase peut être classée en quatre catégories non exclusives
-Extase prophétique et mystique.-Extase chamanique
-Extase sexuelle
-Extase induite par des substances
Le mystique parle de la présence débordante actuelle du divin. Cette grandeur a été décrite de manière poétique, comme chez Saint Jean de la Croix ou Ibn Arabi. Les mystiques issus de ces expériences d’immersion dans le divin peuvent parfois anticiper des expériences visionnaires à venir. L’activité prophétique étend cette présence depuis le futur de sorte que le présent soit modifié et que les gens s’y préparent. L’extase sexuelle fait partie de la réponse orgasmique. Un état modifié de conscience, parfois fugace et d’autre fois difficile à estimer en durée, se produit durant cet état. Le tantrisme pratiqué dans le cadre du yoga ou du bouddhisme cherche à étendre la conscience en utilisant la vigilance et la concentration produite par l’activité sexuelle via des techniques spécifiques. Pendant l’orgasme sont temporairement induites une période aux caractéristiques d’un état modifié de conscience, avec des changements dans la perception corporelle, dans l’estimation du temps, et d’autres variables psychologiques…
L’extase par substances peut présenter des différences selon leurs caractéristiques. Le cadre culturel, les attentes et le mode de consommation peuvent profondément conditionner l’expérience et ce que l’on peut en apprendre.
Harner pense que le terme transe est préférentiellement utilisé par les médecins, tandis que le terme extase est plus théologique et humaniste, mais ils ont tous deux la même signification. Les moments d’entrée et de sortie dans ces états avaient le caractère d’une crise. Dans le langage courant, être en transe est aussi assimilé à être en crise. Dans le contexte traditionnel chinois, crise signifie « danger et opportunité ».
Les changements profonds dans l’expérience de la physicalité peuvent survenir spontanément lorsqu’on vit une situation proche de la mort. Parfois, c’est une voie délibérée utilisée par les chamans et les magiciens. Ils peuvent aussi survenir par la musique, la relaxation, l’utilisation de substances (ex. ayahuasca, certains champignons, voir Ott, paragraphe 1.5.2. a) et de nombreuses autres procédures. Dans la grande littérature internationale, nombre de ces états sont décrits comme des OBE (out of body experiences = expériences hors du corps, ou « voyages »). (Voir cartes des états modifiés de conscience).
Ils sont caractérisés par une intensification mystique des émotions et une pensée globale. L’intensification des actions et l’utilisation de la pensée concrète conviennent davantage aux chamans (Ouspensky).
La production d’une expérience directe, personnelle et transformatrice qui se produit dans le mysticisme est également présente, selon Walsh, dans le chamanisme. Ces deux expériences peuvent ne pas bien se transmettre et, avec le temps, perdre de leur force, devenir vides et routiniers. Au meilleur sens, le rituel, comme l’art, est l’aboutissement actif d'une transformation symbolique de l'expérience.
Nombre de techniques de transe sont utilisées dans les rituels comme des « portes » au début et à la fin du travail. Dans ce cadre, les rituels peuvent perdre de leur impact à mesure que le sujet apprend et se familiarise avec les états de transe.
Les rituels peuvent permettre de diminuer la détresse face à l'inconnu ou à ce qui dépasse l'individu. Dans la sphère cognitive, ils peuvent augmenter la concentration des participants en modifiant l’attention, dans la sphère physique faciliter la relaxation, et dans la sphère émotionnelle moduler l’anxiété, le sentiment de perte de contrôle ou l’expression de la colère.
D’un point de vue clinique, dans ce que l'on appelle la névrose, l’activité obsessionnelle (pensées répétitives) et compulsive (actions répétées poussées par une impulsion) font partie des mécanismes psychologiques qui réduisent la détresse et empêchent la possibilité d'un trouble plus profond. Les rituels associés à l’ordre et à la propreté sont particulièrement présents chez les personnes perfectionnistes et sont des systèmes ou mécanismes de défense contre l’anxiété. Leur non-réalisation cause un inconfort, tandis que leur réalisation cherche à procurer un soulagement.
Le pouvoir transformateur des crises en général et de la mort en particulier est souligné aussi bien par les mystiques que par les chamans.
Quel est cet objectif ? Leur activité vise à guérir, à soigner. Le but est l'action comme remède. Elle se développe dans une relation d’aide. Quand on commence un travail, il y a toujours un objectif. La situation tend à être vécue comme un défi avec un puissant moteur, tout en étant une source d’inspiration. D’un point de vue général, leurs tâches peuvent consister à : 1) restaurer la santé. (2) nettoyer. (3) purifier. (4) réparer. (5) améliorer les relations de l’individu avec son groupe et son environnement. (6) donner un sens à ce qui se passe, l'expliquer ou le recadrer de manière significative. Ce type d’activités peut être mené sur des problèmes corporels, émotionnels, cognitifs ou sociaux. Cependant, ce qui différencie spécifiquement le chaman des autres aides est qu’il utilise des états modifiés de conscience. C’est-à-dire qu’il modifie délibérément son attention avec un but précis pour son travail. Tandis que la capacité à maintenir son attention sélective peut devenir absolue. Le chaman, intervenant sur un corps ou guérissant des relations interpersonnelles, fera continuellement référence au monde de « l’esprit » ou à l’état de conscience chamanique dans lequel son travail fondamental se réalise. Ses interventions peuvent être comprises à divers niveaux, par analogie. Par exemple, cela se produit dans ce que l’on appelle la « cabane de sudation » (« sweat-lodge » en anglais), aussi connue sous le nom de cérémonie de la « sweat-lodge ». Elle vise une purification complète : physique, émotionnelle et sociale. Dans certains endroits du Canada, comme Thunder Bay (Ontario), suivant les traditions du peuple ojibwé local, cette technique est utilisée dans le traitement des problèmes liés à l’alcool et à l’héroïne. Les deux substances pouvant agir globalement sur la personne psychique, somatique et sociale, il est logique que les traitements intégraux soient plus efficaces. Pour être précis, il faut distinguer entre chaman et chamanisme. Tous les actes du chaman ne sont pas nécessairement chamaniques.
Et d’autres personnes qui ne sont pas chamans peuvent utiliser ou développer des tâches basées sur ces techniques. Le noyau du chamanisme est la capacité d’entrer à volonté dans un état modifié de conscience (état de conscience chamanique : E.C.Ch.) thérapeutique, pour chercher connaissance, et terminé ce transe pouvoir se souvenir de ce qui s’est passé pendant celui-ci. 1.2. Comment cela se fait ? La maladie elle-même est la voie vers la connaissance thérapeutique dans le chamanisme. Toute maladie et sa guérison peuvent être comprises selon quatre moments. La situation préalable où se trouvent les antécédents. L’émergence et le développement du problème. Le temps de la crise. Et enfin, la guérison.
Une des façons de comprendre la formation du chaman est de développer simultanément ces quatre étapes. Dans la phase de l’histoire peut se relever l’apparition d’expériences inhabituelles ou de signes physiques étranges propres à un individu. Il peut également y avoir des périodes de réflexion solitaire. La recherche de réponses dans l’isolement volontaire a été l’une des manières par lesquelles l’être humain a été éclairé ou a recadré ses problèmes et a maintenu une sagesse qui dépasse l’ordinaire. Parmi les Indiens d’Amérique du Nord, cela est connu sous le nom de « quête de vision ». La planification et le développement du problème se comprennent comme un appel des « esprits », comme une vocation spéciale, qui constituerait la seconde phase. Ceux-ci pourraient être : a) l’appel relatif à toute maladie. L’évidence pour l’apprendre est de passer à l’action, le pratiquer, le vivre intensément ou le subir. En ce sens, une des voies primaires pour apprendre un problème est d’y avoir été confronté et d’en être sorti. Dans le cas d’une maladie, l’avoir surmontée avec succès est une des façons principales de la connaître et de savoir la gérer. Les guéris deviennent des experts, sources d’information au sujet d’un processus qui les a menés à des formes de vie inhabituelles. Le contact avec la douleur et la mort est un puissant moyen d’exposition à la connaissance ou au besoin de connaître les situations critiques. Le chaman a aussi été défini comme « le guérisseur blessé », dans le sens où les cicatrices sont les signes de sa transformation sur le chemin de la connaissance pour guérir. Le psychanalyste qui devient sa propre psychanalyse avant de commencer son travail représente une autre manifestation de cette voie d’apprentissage. La personne faisant partie d’un groupe d’entraide partage ses expériences et est un exemple de cette connaissance de première main au service des autres. (b) Le soi-disant chamanisme familial. Avoir un accès proche et accessible à ceux qui imitent les modèles facilite tout processus d’apprentissage. La transmission familiale est une autre forme basique d’acquisition de connaissance. Le lieu où travaillent généralement les chamans est habituellement le lieu où ils vivent, où se trouve leur famille ou leur groupe. C’est un système traditionnel de transmission de l’expérience, surtout dans les tâches qui impliquent une spécialisation artisanale.
Cette vocation familiale peut suivre une ligne féminine (ex. vogules) ou masculine (ex. ostiacs samoyèdes et sibériens) (Tondrian, 1964).
(c) avec les précédents, il faut aussi inclure d’autres types d’appels, attribués génériquement aux « esprits ». Ce sont des signes à haute valeur pour un individu particulier. Souvent, cet appel est perçu « d’en haut ». Dans le monde chamanique, le ciel et les montagnes représentent le monde supérieur, plus intellectuel et spirituel. Ce qui est sous l’eau ou sous la terre représente le monde inférieur, plus physique. Le médiateur entre ces deux mondes n’est pas seulement le lieu où l’on vit, mais le lieu que l’on ressent et où se déroulent les états de conscience ordinaires. L’appel cherche à se traduire en actions concrètes capables de modifier ce monde quotidien. Cet appel peut être perçu via des rêves, des événements extraordinaires ou au milieu de problèmes individuels ou collectifs nécessitant une solution radicale. Un appel peut être attendu et ne pas se produire. Ainsi, par exemple, le général Powell, personnalité victorieuse et populaire aux États-Unis, a déclaré ne pas présenter sa candidature en novembre 1995 : « La course à la présidence exige un appel que je n’ai pas encore entendu ». Dans de nombreuses cultures, Brahmanes, Balinaises, Indo-us, etc., la montagne représente un lieu spécial. En elle, par analogie, plus le contact avec l’état supérieur peut être original, plus il peut y avoir de visions, de connexions avec des réalités bénéfiques, une meilleure connaissance de soi ou la découverte de remèdes pour différents problèmes. Le pouvoir créatif que le philosophe Antonio Escohotado attribue au silence, à l’observation, à la contemplation semble présent ici. Le pouvoir générateur propre de la nature est celui de faire « arrêter le temps » ou rompre avec les « routines de la vie » (Castañeda 1977). Le retrait de l’activité précédente se produit après qu’une personne a pris son engagement dans le processus d’aide. On considère qu’il peut être un « remède » et « incuber » sa future activité. L’émergence du chaman formé représente le moment où la personne devient un « être de connaissance ». Quelqu’un qui est parti, est revenu et est là comme « remède » après une transformation profonde. Le « esprit » que l’on découvre dans les grands pèlerinages : La Mecque, Rome, Jérusalem, Saint-Jacques-de-Compostelle, Guadalupe et tant d’autres lieux, exprime de façon cohérente dans chaque culture une transformation personnelle profonde et enrichissante. Pour en signifier l’importance, dans certains cas comme dans le monde musulman, le nom est modifié ou un autre est ajouté (voir dans la troisième partie de ce travail : changement dans le sens d’identité et création d’états modifiés de conscience selon le modèle proposé par TART en 1975).
La connaissance peut être considérée comme une fin, comme une valeur en soi. On peut aussi considérer que sa valeur acquiert un sens lorsqu’elle s’équilibre avec le sentiment. Par exemple, le bouddhisme pratiqué en Thaïlande ou au Ceylan accorde une grande importance à la personne développée, revenue, dont la sagesse est avant tout reconnue. Cette considération est certes une valeur intellectuelle. Une distinction subtile entre considération et compassion marque la différence entre compréhension et aide. L’idée d’aide naît dans la compassion qui grandit dans le lamaïsme tibétain. Le sujet, dans le sens mystique, donne la même vie ou non, optant pour la première par compassion pour les êtres. Dans d’autres types de bouddhisme, comme celui pratiqué en Thaïlande, on accorde plus d’importance à la compassion. Cela implique de donner plus de poids aux valeurs intellectuelles (comprendre, considérer) qu’aux valeurs émotionnelles (pitié). Selon les groupes humains, leur évolution dans le temps et leur réflexion sur la maladie, le processus pour devenir chaman peut présenter des différences. Elles sont toujours plus superficielles que profondes et plus quantitatives que qualitatives. On peut ainsi, par exemple, distinguer un plus grand nombre d’étapes ou de moments significatifs dans ce processus d’apprentissage (voir Matthews, au sujet du chamanisme celtique). 1.3 ? La réflexion systématique de lui-même sur le chaman est un phénomène tardif dans le développement de ce type de pratique.
